Fiches de lecture du livre numérique : LES GRIFFES DU LION

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La rue s’était calmée. Il n’en parvenait plus qu’un long crépitement, sans ces cris gutturaux ni ces appels qui avaient accompagné l’attaque du bus dans l’après-midi. Lorsque les sirènes de la police avaient hurlé, les clameurs avaient redoublé. Les chocs sur la carrosserie apprirent à Denise qu’une pluie de pierres frappait la carcasse en flammes.

Puis les sauveteurs s’étaient retirés, les pompiers ayant arraché au brasier une jeune femme atrocement brûlée ; la horde s’était égayée, le silence était retombé. On n’entendait plus que le grignotement par le feu des derniers matériaux consumables…

Elle n’avait pas ouvert sa fenêtre ; se refusant à offrir un spectateur de plus aux sauvages qui transformaient Marseille en zone de guerre. Mais elle subit les clameurs et les chocs avec la douleur d’une rescapée. Survivante d’une ancienne tragédie, elle avait accusé le coup avec chaque heurt, y reconnaissant le râle d’Oran, sa ville natale, dont les rues avaient été livrées à la guerre civile en ces années 60, avant qu’elles ne dégoulinassent du sang des martyrs, avant qu’ils ne fussent poussés sur les quais d’où purent les arracher au cauchemar pour l’exil quelques navires, au début de juillet 1962.

La meute de guerre avait longtemps piétiné devant les douves. En trente ans, l’ennemi traversa  la Méditerranée sans armes, sans jamais mettre en alerte une France attablée pour un banquet sans fin, si fière de n’avoir plus d’ennemis sur terre – du moins le clamait-elle – aveugle à l’installation des migrants à la longue mémoire.
Voilà que le feu reprenait, qu’on accusait la pauvreté et l’oisiveté, quand elle savait bien, elle, que la haine et le mépris étaient les seuls moteurs de cette flambée. Cinq ans plus tôt, son mari était mort, certain de la montée des périls, sans plus savoir comment en avertir ses compatriotes, désespéré de laisser dans cette tourmente sa descendance. Pauvre Alban ! Même ses fils ne voulaient plus entendre la voix de la raison. Même Christian qui avait pourtant combattu dans l’OAS, qui avait failli être tué dans le commissariat central le 5 juillet, avait rejoint le sentiment général de renoncement et de repentance.

 

 

 

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