Fiches de lecture du livre numérique : JEANNINGROS SAGA

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LA VIE DU TEXTE

Quand il y a quelques années j'écrivais les premières pages de mes souvenirs que je laisserais à ma famille et aux quelques personnes qui auraient la curiosité de les lire, je n'imaginais pas atteindre ce résultat : plus de 400 pages. Il faut dire que j'ai été stimulé, enregistré, questionné par Pierre Caggini qui a procédé à des recherches sur le parallélisme entre ma petite personne et les graves événements que moi et les autres avons traversés.

Il faut dire aussi que j'ai eu la chance d'avoir comme ancêtre notre arrière-grand-oncle, le général Jeanningros, qui ne sortait pas d'une grande famille, mais se fit un grand nom à la force du sabre. Dès nos premières années, mon père nous parlait de cet ancêtre. De plus il avait connu Alice, l'aînée de ses filles, qui avait jugé mon père digne de recevoir les souvenirs légués par le sien, et j'en fus le dépositaire quelques années avant la mort du mien. Ce trésor qui me suivit pendant mes nombreux déménagements se composait de coupures de journaux depuis 1850, et surtout de dizaines de lettres écrites par mon ancêtre à sa femme pendant la campagne du Mexique (1863 – 1868). Elles se trouvaient dans un gros carton. Pendant des années je n'y ai pas touché jusqu'au début de ma retraite vers 1994 où leur lecture assez ardue se transforma en une passion qui m'amena à pleurer sur certains passages.
Mon frère Robert reçut le buste, l'état-civil et les médailles du général qu'il méritait. Quant à moi je me trouvais devant un dilemme : quel sort réserver à ces précieux documents après ma mort ? Et c'est là que Robert et moi nous avons décidé de les remettre aux archives de la Légion étrangère à Aubagne. Rendez-vous pris nous fûmes reçus en grande pompe en avril 2008. Nous étions fiers et en même temps gênés par cette réception par l'état-major, général en tête. Un merveilleux repas nous fut servi dans le mess.
Quel souvenir ! J'en frémis encore. J'espère que le général Jeanningros nous a jugés dignes de cette réception.
Naturellement, après avoir mis le général en exergue, il était moins évident de trouver pareil sujet dans le reste de la famille, moi compris. Pourtant, pendant la grande épopée de la colonisation, mes ancêtres Jeanningros, Gaubert et Praly n'ont pas démérité et je pense que le mot « saga » – bien que d'origine islandaise, ce dont je ne me connais pas de trace – s'applique bien à ma famille dont je suis fier de raconter l'histoire et à mes ancêtres dont je suis issu.

Mais, si mon témoignage n'avait pour cadre que celui d'une brave famille dans un cadre paisible et immobile, il n'aurait été que « gentillet ».
Or, Jeanningros saga retrace, sur le terrain 130 années d'histoire de l'Algérie, donc de l'histoire de France. 130 années, dont plus de trente passées par moi sur la terre française d'Afrique.

Et dans cette durée, d'à peine quatre générations, le monde, notre monde a été bouleversé : Les grands explorateurs et administrateurs d'Afrique, naguère honorés, serviraient maintenant de chair à canon médiatique à la presse « bien-pensante » ; les gouvernements de gauche qui ont voulu porter la civilisation – la nôtre, soyons clairs – aux populations qui ne la connaissaient pas, ne sont pas loin d'être mis au ban de l'humanité ; les routes, barrages, installations électriques, hôpitaux, écoles, ports sont considérés comme pressions inadmissibles ou instruments de répression ; la piraterie qui régnait en Méditerranée jusqu'en 1830 est interdite de mémoire pour cause de lâcheté érigée en dogme. Et les inévitables erreurs, voire actions criminelles, commises dans les débuts de cette action, militaire par nature – demandez poliment aux dealers des cités de vous laisser passer – sont stigmatisées à la mesure d'un génocide, oubliant les causes, mais surtout les conséquences : la participation progressive des populations locales au bien-être des nouvelles structures, leur explosion démographique, meilleur témoin de la prise en charge de la santé publique.

Donc, ces erreurs initiales, reconnaissons-les, acceptons même le titre de « nouveaux « envahisseurs », puisque d'autres envahisseurs nous avaient précédés, dont les troupes arabes en particulier, dévastant le territoire kabyle. Mais peu à peu les populations jouissaient des bienfaits apportés. Ne demandons pas aux hommes d'être des saints, mais reconnaissons-leur la bonne volonté quand elle domine dans leurs actions.

Par contre, sachons au moins reconnaître ceux qui ont cumulé les fautes intentionnelles, sinon les crimes contre leur camp.

Roosevelt d'abord, puis d'autres responsables de différents pays à partir de 1930, commencèrent à distiller leur poison en dénonçant le colonialisme. Mais tant d'autres arrière-pensées commerciales ou stratégiques se cachaient derrière ces parodies de justice.

De Gaulle, ensuite, palme d'or en ce domaine : de mensonges en mensonges, poussé par ce mélange malin de vanité et de haine, et servi par un brio incontestable en matière de manipulation, accomplit ce tour de force d'être responsable des représailles exacerbées après la révolte de Sétif en 1945, de revenir au pouvoir en bernant la France entière en 1958, puis de transformer une victoire militaire et politique sur le terrain en défaite organisée, et une fois cette défaite accomplie dans le déshonneur, de laisser une population complète tout perdre dans l'exil des « rapatriés », tout en trahissant les harkis, alliés de la France, les renvoyant se faire torturer, par des assassins qui avaient retrouvé leurs couteaux oubliés dans les vestiaires (1), ajoutant un facteur de division complémentaire à ce pays qui n'en avait pas besoin.

Tout cela, je l'ai vécu, par l'implication à différents niveaux de mes parents, dans ma saga familiale, puisque nous avons eu le bonheur d'en conserver la mémoire, et dans ma chair, ayant eu la chance, entre autres épisodes, de quitter Oran le 4 juillet 1962 au soir, juste avant les massacres du lendemain.

Alors, pour l'histoire, la petite autant que la grande, pour mes descendants de corps et d'esprit, il me fallait témoigner.
Qui aurait pu m'en empêcher ?

(1) : Référence au célèbre « laisser les couteaux au vestiaire » du même général.

 

 

 

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