Fiches de lecture du livre numérique : LE MARTYRE DÉVOILÉ DE LA BIENHEUREUSE JEANNE BILLACE

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Je suis persévérant, tenace, opiniâtre. J’ai commencé Le Martyre dévoilé de la bienheureuse Jeanne Billace à seize ans. Cette quête d’écriture m’a poursuivi toute ma vie et cette terrible histoire n’a cessé de « cogner à la vitre », comme dit André Breton. J’ai écrit bien autre chose ! Cependant cette fatale vie de Jeanne Billace m’aura hanté !

Comment la transcrire ? Mon problème fut le style. Julien Green aurait dit : « Quand on a le ton, on a tout. » Je dirais, pour ma part : « Quand on a le rythme, on a tout. » Je n’avais pas le rythme. C’est notre pierre philosophale, à nous qui nous piquons d’écrire, que le rythme, me semble-t-il...! J’ai mis trente-trois ans à le découvrir. Je n’ai cessé de réécrire Le Martyre... n’étant jamais satisfait de moi. Plus de cinq versions se sont peut-être succédé. J’ai tout essayé : interverti les points de vue narratifs, brouillé les voix, changé les noms, modifié les temps, rajouté des détails, raccourci les chapitres... J’échouais chaque fois. Je savais ce à quoi j’aspirais : une respiration haletante, saccadée, sans répit, un mouvement cardiaque précipité, une voix affolée, une pente raide, celle de la fatalité, et au bout l’abîme ou la lumière. Je n’y arrivais pas ! Les conditions n’étaient pas réunies ; j’étais rarement seul et toujours sollicité, ne serait-ce que par mon métier que j’exerce avec cœur. Je lus maint et maint roman qui me montrerait le chemin étroit et pierreux. En vain, je ne le trouvais pas. Et je frappais sans doute à de mauvaises portes… (En littérature, on se trompe souvent d’amis.) Puis, à la faveur d’une lecture, tout d’un coup, il m’est apparu le chemin étranglé de ma narration et de très loin la musique s’en est imposée. Il m’a fallu quelques semaines pour tout retranscrire et je savais que j’écrivais la dernière version.

Cette histoire, celle de Jeanne, mariée au démon, n’est pas joyeuse... J’ai depuis l’âge de seize ans poursuivi la même quête : faire remonter le diable à la surface des certitudes lisses, prendre le risque de l’exposer  à la face du monde, mais à la condition qu’il ne soit plus une métaphore ! Le diable devient image humaine. Dieu n’a-t-Il pas permis à l’archange Raphaël de se matérialiser à Tobit ? Et si le diable demandait à Dieu la pareille ? Mais qu’est-ce que pèse le diable face à la psychanalyse ? L’Église elle-même n’a-t-elle pas cessé de croire à son existence ? L’Église fait quelquefois des concessions dommageables... Le diable ne se donne à voir que si on ne le reconnaît plus. Or Jeanne ne le reconnaît plus, au point de l’épouser... et de devenir son esclave.

Refuser de faire du diable une métaphore – ultime avatar du démon aujourd’hui ! – n’est-ce pas prendre un autre risque, devenir un fâcheux anti-moderne ! J’écrirais donc un roman illisible, au titre « ringard », anachronique, en complet décalage avec notre époque ! Très fâcheux ! Cependant qui est le diable ? Celui qui, pour ne pas avoir persisté dans la Vérité, nous dit saint Jean, a inspiré aux hommes l’art d’effacer Dieu ; celui qui s’est fait « mythe », métaphore, symbole, allégorie, comme on peut dire de Dieu qu’Il S’est fait chair. Alors, que faire non de la chair, mais du mythe du diable, aujourd’hui plus actif que s’il s’était fait chair ? (Il est le seul personnage de l’histoire qui existe en dehors du roman !) Que faire du couple « sens et vérité » quand ces deux mots sont devenus insoutenables à notre raison ? Que faire quand il n’est plus possible à une partie de notre monde de les regarder face à face, tels le soleil et la mort ? Le sens de notre vie est-il celui que le monde a décidé de lui assigner à notre place ? Pourtant rien ne nous persuade que le monde a raison. Le diable n’existe pas ? La psychanalyse l’aurait prouvé, alors que toutes les preuves de son existence s’étalent devant nos yeux ! Tout devrait nous convaincre du contraire ! Il reste au poète à écrire un roman dans lequel le père du mensonge dit la vérité parce qu’il sait qu’on croit que ce qu’il dit est un mensonge, alors que – pour une fois – il dit la vérité ! Le diable a parié avec Dieu qu’il dirait la vérité et ne serait pas cru… C’est pour le monde que le poète écrit, pour que le monde comprenne quel est le piège du diable ! Mieux qu’un long discours, la fiction littéraire dénonce celui qui revêt l’apparence divertissante du mythe ou de l’illusion, autrement dit de la fiction. N’appelle-t-on pas la vérité une folie ? Cette vérité – celle de tous les croyants – est aujourd’hui devenue impossible à rejoindre à la plupart de nos contemporains. Cette vérité nous ramène, nous hommes, entre le diable et Dieu. De quoi cette vérité avait-elle besoin si ce n’est d’une mise à distance, une allégorie, un roman, parce que nue, sans fard – telle qu’elle existe, hélas ! – la vérité ressemble à une fiction ! C’est donc à la véritable fiction de dire que ce que l’on croit telle demeure la Vérité ! C’est pourquoi j’ai écrit ce livre.

En revanche, si un personnage tend vers l’allégorie, c’est bien Jeanne, incarnation de notre monde dans son fol aveuglement, son autosuffisance, autonomie, émancipation, affranchissement des croyances ravalées au rang de superstitions, de sorte qu’elle ne voit plus le diable qui vient sous son nez lui transpercer l’âme. Et il parie même son âme avec Dieu qu’elle ne le reconnaîtra pas, quoiqu’il lui dise sans relâche qu’il est le diable ! Et certes, il avait toutes les chances de gagner son abominable pari ! Mais Dieu reste Dieu. Dieu est Amour.

C’est de notre monde que je parle, je l’ai dit. On m’a donc demandé pourquoi je situais cette histoire au début des années 1970 ? Pourquoi pas en ce début de XXIe siècle ? C’est après 1968 que s’est amorcée – de façon spectaculaire – ce que d’aucuns cardinaux appellent aujourd’hui, avec l’exactitude lexicale de la sociologie de gauche (n’est-ce pas un pléonasme ?) : « la décroyance ».

 

 

 

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