Fiches de lecture du livre numérique : LE PATAOUETE, DICTIONNAIRE DE LA LANGUE POPULAIRE D'ALGERIE ET D'AFRIQUE DU NORD

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Nombre de pages : 618

Format(s) : Format PDFISBN n° 978-2-36708-112-0 (pdf).
LA VIE DU TEXTE
 

Transportons-nous, pour commencer, dans le passé, et sur l’autre rive de la Méditerranée, dans le chatoiement exubérant du soleil et de la mer. Il y a un demi-siècle, vivait encore en Algérie un peuple européen nombreux, tenace, remuant qui ignorait qu’un cataclysme politique allait le terrasser et le déraciner à jamais. Un million d’hommes 1 originaires des contrées voisines : de France, d’Italie, d’Espagne, de Malte coexistait avec neuf millions d’Arabo-Berbères. Cette coexistence a pris fin, à l’été de 1962, dans les horribles convulsions d’un drame sur lequel nous ne reviendrons pas.

Car, le but de cet ouvrage est finalement assez modeste : il s’agit de faire connaître ce qui fut le langage de ces Européens du Maghreb, de ceux d’Algérie en particulier. Dialecte plus que langue d’ailleurs, et, plus fréquemment encore simple parler ou phrasé local, cet idiome a fait naître néanmoins une abondante littérature régionale. De grands écrivains pieds-noirs comme Albert Camus ou Emmanuel Roblès ne dédaignaient pas de s’y intéresser ; en témoignent différents écrits et enregistrements. La bibliographie contenue dans les pages suivantes rend compte, et abondamment, de tout cela.

Cette langue, comme le lecteur s’en apercevra très vite, est amusante, truculente, pittoresque. Pittoresque car elle est un amalgame de français, d’italien, d’espagnol, de catalan, de maltais et, bien entendu, d’arabe. L’agrégat de tous ces langages variés avait engendré un mode d’expression très spécifique, dactylologique autant que logique. Ce phénomène linguistique curieux fut peu étudié, si l’on excepte les remarquables travaux de Lanly, célèbre spécialiste qui vécut longtemps en Algérie et au Maroc.

Mais cet ouvrage a également pour objectif de mieux faire connaître le peuple qui portait, utilisait et faisait vivre cette langue originale. Ce peuple aujourd’hui presque disparu, était un alliage typique de tout le substrat humain que la Méditerranée avait charrié au fil de sa prodigieuse évolution.

Ce peuple plutôt pauvre, ô combien malmené par l’Histoire, a subi de surcroît un bien injuste discrédit, souvent entretenu par les responsables politico-médiatiques qui exercent sur la France actuelle leur triste hégémonie. Aucune minorité n’a été autant vilipendée, calomniée, salie que la minorité pied-noire. Accusée, jusqu’à ce jour, de tous les maux : racisme, exploitation, autoritarisme, elle a dû, de surcroît, dans les années récentes, observer la montée en puissance de toutes sortes « d’historiens » et « d’experts » du Maghreb, qui lui ont expliqué quel système horrible, digne des poubelles de l’Histoire, fut la colonisation. La classe politique française, droite et gauche confondues, a adopté cette idéologie, cet anticolonialisme d’État, qu’un ex-président de la République alla, en son temps, colporter lui-même en Algérie, à l’université de Mentouri. Ô tempora ! Ô mores !
Ce peuple français d’Algérie, Pieds-Noirs et Harkis constitue aujourd’hui une communauté vieillissante, mal défendue, rassemblant des gens qui, conformément à leurs traditions, disent inflexiblement non à toutes ces remises en cause, à toutes ces révisions. Et à juste raison, car l’Histoire , un jour, retrouvera ses droits. La calomnie et le mépris n’auront qu’un temps.
Nous aimerions ici y contribuer, à notre manière, et, sans politiser la chose. Car ce peuple français d’Algérie reste méconnu et injustement décrié. Ces hommes et ces femmes qui sont présentés comme des profiteurs, des privilégiés ayant exercé une cruelle suprématie sont, en réalité, tout autres. Ils sont humbles et bienveillants comme les décrivit Camus. Ils sont doux, toujours prêts à aider le prochain, généreux, altruistes. Ils sont proches de la nature,  amoureux de la mer et du soleil auxquels les lie un pacte séculaire. Ils sont bons vivants, serviables, drôles car l’humour est peut-être leur trait le plus distinctif. Ils sont portés par un besoin indéracinable de rire et de jouer. Le courage ne leur manque pas ce dont témoignent largement les cimetières militaires.
Ils ont aussi leurs défauts. La douceur ne les empêche pas d’être portés à l’exagération. Ils sont capables de terribles fureurs, de celles qu’engendrent la souffrance et la colère.
Alors en rédigeant ce dictionnaire, nous avons voulu dire tout cela : montrer ce peuple tel qu’il était quotidiennement, à travers ses blagues, sa gouaille, ses indignations, sa gentillesse. Nous aurons ainsi, peut être, réussi à le réhabiliter peu ou prou – mais ce sera alors sans l’avoir vraiment recherché – car, au fond, il n’a pas besoin de l’être.
À travers les pages de ce livre, le lecteur retrouvera la nonchalance, la joie de vivre, les railleries, le goût de la liberté et de la création, l’amour du ciel et de la terre, de la splendeur du monde et des êtres, la religiosité même de cette population particulière, désormais en voie de disparition.

Ce livre eut à l’origine quatre auteurs. Nous ne sommes plus que deux aujourd’hui. Je repense en cette minute à nos deux compagnons, Charles-André Massa et Yves Pleven qui ont déjà rejoint l’autre monde. Ils étaient des amis infiniment bons, dévoués et modestes, très représentatifs, à leur façon, de ces Français d’Outre-Mer que la France d’aujourd’hui veut oublier, quand elle leur doit tant, dont, pour une bonne part, sa liberté retrouvée à l'issue de la guerre mondiale.
Alors, puisque nous voici condamnés en ce monde à un perpétuel exil, puisqu’il ne nous reste plus que la mémoire, chérissons-la. Avant de goûter à l’éternité, retrouvons la douceur d’un passé qui pour nous, gens de là-bas, aura toujours la saveur de la mer, l’éclat cru, éblouissant et brutal de la lumière, les parfums subtils et piquants de l’aurore.

Face au calme des Dieux, souvenons- nous de notre terre natale et bien-aimée. Écoutons encore une fois les éclats de voix et les rires, explorons la magie du temps retrouvé, les villes blanches, les fontaines chantantes aux jets délicats et incertains, la végétation lourde et sans règles, le bouquet entêtant des fleurs, notre univers désinvolte, inimitable et brisé...


Jean Monneret

 

 

 

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