Fiches de lecture du livre numérique : LA RÉVOLTE DES SILENCIEUX

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La Révolte des silencieux est un texte marqué au coin de notre modernité : une sorte de tribunal populaire, sur un site web nommé Jury direct, attribue des cotes de popularité à certains personnages qu'il est maintenant médiatiquement habituel de nommer les élites.

En aparté, ne nous privons pas d'une remarque « élitoclaste ». Un jour quelque farceur amoureux de la langue française ou – tout au contraire – quelque bon Français abusé par la sonorité du mot, finira bien par les qualifier d'élytres. Et ce ne sera que justice, en référence au bruit que produisent ces vibrionnants personnages en frottant leurs petites ailes racornies. Or ce bruit peut en irriter plus d'un.

Mais revenons à nos silencieux révoltés. Cette élytrocratie, est-ce une raison pour exécuter quelques-uns de ces encombrants coléoptères ? Il semble qu'un ou plusieurs exterminateurs – comme les appellent nos cousins québécois quand ils sont infestés de « bibites » – aient entrepris d'en débarrasser le plancher en les expédiant vers un monde que l'on dit meilleur. Et comme leurs victimes font partie des « élites des élytres », cela fait du bruit dans Landerneau, et jusqu'au plus haut niveau de l'État.

La gendarmerie est sur les dents (image précieuse à conserver pour usages ultérieurs). Mais qui sont ces exterminateurs ? De dangereux terroristes ? (comme s'il y avait des terroristes inoffensifs !). Des déséquilibrés ? (qualificatif obligatoire dans la panoplie verbale du petit journaliste !). Des extrémistes ? (toujours de droite, locution nécessaire à la survie dans le monde de l'information !).
Cela, ne le dévoilons pas ! À chacun son opinion (exercice délicat qui consiste à ne pas se contenter des pistes obligatoirement ouvertes dans le paragraphe précédent).

Pourtant, la question se complique lorsqu'une menace plane sur le plus haut personnage de l'État. Alors, La Révolte des silencieux nous oblige à prendre de la hauteur. Quels impératifs, quelles folies, quelles nécessités, quels sacrifices engendrent une entreprise de cette envergure ? Et pour quel résultat ?
Nous savons bien que certains sièges, parce que haut placés, attirent non seulement la foudre, mais aussi le poignard, le poison, l'explosif, le fusil de tout calibre (rarement la carabine à air comprimé, tout de même). Nous n'oublions pas la manipulation savamment organisée, téléguidée... pour le plus grand bien des masses, bien entendu, et que tout cela trouve toujours un champ d'expérience renouvelé au cours de siècles et des justifications péremptoires... sans oublier des éclats de conscience, des craintes, des conflits internes, et des revirements abrupts... parfois. (Il le faut bien ; sur ce trajet autre que le lassant métro-boulot-dodo.)

Car, outre le fait de s'en prendre à une vie humaine – toutes les vies sont égales, etc. selon la doxa humanitaire – certaines sont cependant plus égales que d'autres.
Aucune civilisation, aucune structure ne s'y est trompée, qui réserve à ces cas spéciaux des mesures non moins spéciales. Pour être franc, La Clémence d'Auguste, dont bénéficia Cinna, se pratique moins souvent que l'estrapade, l'écartèlement, ou les tribunaux d'exception chers à notre République débutante. Le simple fait que le régicide fut aussi qualifié de parricide dans l'Ancien Régime en dit long sur la différence de niveau qui qualifiait et menaçait les agresseurs potentiels de la personne royale. Relisons Les Justes de Camus, et tant d'autres cas de conscience, pour poursuivre cette discussion, mais revenons à nos silencieux, qui ne sont pas des agneaux.

Le crime envisagé – car c'est un crime – paiera-t-il ? Telle est la question que se pose le petit marlou sur le point de dévaliser la vieille dame, question portée à l'incandescence, lorsqu'il s'agit de « bousculer » l'ordre de préséance des plus hauts responsables d'un État ? Cette question en amène au moins trois autres : dans quel état se trouve cet État ? Et qu'attendent au fond d'eux-mêmes les citoyens ordinaires, ou lambda, ou normaux, ou simplement cochons de payants ? Enfin, mais non accessoirement : après cela, qui ?

Au président du tribunal qui lui demandait quels étaient ses complices, le général Malet, ayant conspiré contre Napoléon Ier, répondit simplement : « Mais, la France entière... et vous-même, si j'avais réussi. »

Ah ! Ces questions de haute morale ne sont jamais simples. Heureusement que cette Révolte des Silencieux n'est qu'une fiction jubilatoire, une sorte de dessert au miel dont nous régale ce Pierre Lours d'auteur. Mais quelle abeille l'avait donc piqué ?

 

 

 

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